On dirait un slogan sur une toile. Court, accrocheur, moralement irréprochable. Mais les slogans ont un point commun : ils masquent la complexité du réel.
Elle a 54 ans.
Et c’est précisément là que le bât blesse.
Elle a posté une courte vidéo sur TikTok où on la voit en string. Sans explication. Sans excuses. Sans chercher à plaire. Elle est juste là, calme, confiante, comme pour dire : voilà mon corps, un point c’est tout.
Internet s’est enflammé.
Certains ont écrit :
« Du courage.»
« De la liberté.»

« Une source d’inspiration.»
D’autres :
« Gênant.»
« Inapproprié.»
« Plus à cet âge-là.»
Et c’est là que se pose une question délicate que peu osent formuler :
Qu’est-ce qui irrite tant les gens ? Est-ce vraiment son corps, ou est-ce le fait qu’elle refuse de disparaître ?
Car il existe un accord social tacite. Ce n’est écrit nulle part, mais tout le monde le sait :
Après un certain âge, le corps d’une femme ne devrait plus être visible. Il devrait être couvert, apaisé, « digne ».
Le désir d’être vue ? C’est déjà suspect.
L’assurance ? Presque de la provocation.
Mais soyons justes.
TikTok n’est pas un journal intime. C’est une scène. Des algorithmes. Un public. Et quiconque y publie sait – ou devrait savoir – qu’il entre dans une arène.
Ce n’était pas un accident. C’était un choix conscient.
Et c’est là que le discours se fissure.
Il ne s’agit pas seulement de liberté d’expression.
Il s’agit de provocation.
La provocation en soi n’est pas mauvaise. Parfois, elle est nécessaire. Parfois, c’est le seul moyen de briser les idées reçues sur l’âge, le corps et la « décence ». Mais la provocation n’est pas synonyme d’impunité. Ceux qui s’exposent au grand jour ne doivent pas être surpris par l’ombre.
Dire qu’elle « est devenue victime de haine » est une simplification excessive.
Elle est entrée en conflit. Consciemment. Et ce conflit a révélé quelque chose de bien plus profond que de simples divergences d’opinions.
Il a montré à quel point nous craignons de vieillir.
À quel point un corps qui n’a plus sa place dans la publicité, mais qui s’autorise encore à exister, nous met mal à l’aise.
Avec quelle facilité nous utilisons le mot « inapproprié » alors qu’en réalité, nous voulons dire « gênant ».
Le plus douloureux dans toute cette histoire, ce ne sont pas les strings.
Ni même le numéro sur la carte d’identité.
Ni même les commentaires acerbes.
Ce qui est douloureux, c’est que nous pensions encore que l’âge est une interdiction.
Qu’en vieillissant, le rôle des femmes devrait changer : devenir un symbole, une fonction, un décor. Mais pas un corps. Pas une présence. Pas un défi.
Cette vidéo ne parle pas de sous-vêtements.
Elle parle de peur.
Du malaise d’autrui. Comme il est facile de parler de morale dès que quelque chose sort de notre routine !
Aurait-elle pu s’y prendre autrement ? Oui.
N’aurait-elle pas dû le publier du tout ? Évidemment.
Mais la question est posée, et on ne peut plus revenir en arrière.
Ce n’est pas : « Une femme de 54 ans peut-elle porter un string ? »
C’est bien plus dérangeant :
Pourquoi pensons-nous encore avoir le droit de décider du corps d’autrui ?
Et c’est peut-être pour cela que ça fait si mal.