Je m’attendais à ne rien trouver. Une clé vide.

Au pire, un fichier oublié, une erreur ridicule, le genre d’histoire qu’on raconte en riant autour d’un café. Une anomalie sans conséquence.

L’ordinateur, lui, n’a pas ri.

Un bip sec. Une fenêtre s’est ouverte. À l’intérieur, un seul dossier. Son nom m’a glacé : « Lot_17 ». Pas de date. Pas de signature. J’ai cliqué, avec cette sensation très précise que l’on ressent juste avant de regretter un geste.

Il y avait des vidéos.

La première a démarré brutalement. Image instable. Une immense usine. Grise. Bruyante. Mal éclairée. Exactement le genre d’endroit que l’on voit dans les publicités sur la « qualité contrôlée ». Sauf qu’ici, pas de musique rassurante, pas de sourires. Juste le métal, la vapeur, et une fatigue écrasante.

Un homme en blouse blanche est apparu face caméra. Son regard n’exprimait ni peur ni colère. Plutôt un vide inquiétant.
— Si vous regardez ceci, a-t-il dit calmement, c’est que quelque chose n’a pas fonctionné.

Ensuite, il a montré la fabrication. Pas celle décrite sur les emballages. Pas celle promise par les normes. Des bacs sans étiquettes. De la viande à l’origine indéfinissable. Des poudres sans nom. Puis, à l’écart, une table.

Dessus : de petits objets. Des composants électroniques. Des supports de mémoire. Des clés USB.

— Ce n’est pas un accident, disait la voix. C’est un test. Si un support survit au broyage, à la chaleur et à l’emballage, alors il peut être dissimulé partout.

Je me suis reculé d’un coup.
J’en avais mangé.

La deuxième vidéo était plus froide encore. Des chiffres. Des tableaux. Des villes. Des dates. Certaines lignes en vert, d’autres en rouge. Et soudain, un nom familier : le magasin où j’avais acheté cette charcuterie.

La troisième vidéo m’a donné la nausée. La caméra était posée à même une étagère. On ne voyait presque rien. Seulement des voix.
— Les gens ne vérifient pas, disait l’une. Ils mangent et oublient.
— Et si quelqu’un trouve quelque chose ?
— Alors tant pis. Un sur mille. Les statistiques.

La dernière phrase s’est affichée à l’écran, froide comme une conclusion scientifique :
« Support découvert — expérience partiellement réussie. »

J’ai refermé l’ordinateur. Le silence est devenu lourd. Mon regard s’est posé sur le réfrigérateur. À l’intérieur, il restait cette charcuterie. Ce n’était plus de la nourriture. C’était un contenant. Un objet étranger.

J’ai cherché des informations. Rien. Aucun article. Aucune alerte. Aucun scandale. Juste un vide parfait. Trop parfait.

J’ai tenu la clé USB dans ma main longtemps. La police ? On me rirait au nez. La jeter ? Impossible. Elle pesait trop lourd pour un simple bout de plastique.

Et puis, dans la nuit, une pensée m’a coupé le souffle.

J’ai regardé à nouveau la tranche de charcuterie. Il y avait une cavité. Propre. Précise.
Comme si quelque chose s’y était trouvé… et avait été retiré avant moi.

Combien de clés n’ont jamais été découvertes ?
Combien de personnes les ont avalées sans rien remarquer ?
Et surtout — qu’y avait-il sur celles qui ne seront jamais branchées à un ordinateur ?

Le matin, j’ai tout jeté. Mais la sensation est restée.

Chaque fois que je passe devant un rayon de viande, la même idée me traverse l’esprit :
et si ce n’était plus de la nourriture, mais un message ?
Et si le danger n’était pas visible ?

On imagine toujours la menace comme quelque chose de spectaculaire.
Parfois, elle ressemble simplement à un sandwich du petit-déjeuner.

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