Nous serions prêts à effacer la mémoire… juste pour ne jamais revivre ce cauchemar.

Mais la mémoire ne s’efface pas. Elle ressemble à une brûlure : la peau se referme, la douleur reste. Et parfois, elle revient sans prévenir.

Le plus insupportable, ce n’est pas l’horreur en elle-même. C’est qu’elle soit réelle. Ce n’est pas une légende noire ni un récit inventé pour choquer. Cela s’est produit. Vraiment. En Iran.

Elle avait trente-cinq ans. Elle était mariée. Mère de quatre enfants. Quatre vies qui dépendaient d’elle, quatre raisons de tenir debout. Elle n’était ni rebelle ni provocatrice. Juste une femme, dans un endroit où le silence protège… jusqu’au jour où il condamne.

Son mari voulait disparaître de sa vie sans payer le prix. Pas d’aliments. Pas de responsabilités. Pas de passé encombrant. Il voulait recommencer ailleurs. Avec une autre épouse. Une enfant de quatorze ans.
Pour se libérer, il a choisi l’arme la plus simple et la plus efficace : l’accusation d’adultère.

Dans un petit village, une rumeur pèse plus lourd qu’un fait. Le mot « honneur » y vaut davantage qu’une vie humaine. Les chuchotements deviennent certitudes. Les regards se transforment en jugement. Personne ne demande : « Et si c’était faux ?»

Elle n’avait pas d’avocat. Pas de défense. Pas de droit à la parole.
Puis un jour, les hommes se sont rassemblés. Pas dans un tribunal. Sur une place. Sans preuves. Sans procès. Avec une conviction collective : « c’est ainsi que ça doit se passer ». Dans leurs mains, des pierres. Dans leurs esprits, une vérité empruntée.

Ce qui s’est passé ensuite est presque impossible à lire sans trembler. Mais ce serait une trahison de détourner les yeux. Car à cet instant, il ne s’agissait plus d’un seul homme ni d’une seule femme. Il s’agissait d’un système où le mensonge devient tradition, et la violence, devoir. Quand la première pierre est lancée, la responsabilité disparaît. « Ce n’est pas moi. C’est nous. »

Et puis il y a les enfants. Quatre enfants à qui l’on expliquera plus tard que leur mère a « salit l’honneur ». Qu’elle l’a « mérité ». Qu’il vaut mieux oublier.
Mais les enfants n’oublient pas. Ils grandissent avec une question qui ronge : comment une accusation peut-elle tuer plus sûrement qu’une preuve ?

Cette histoire détruit de l’intérieur parce qu’elle n’est pas exceptionnelle. Elle se répète. Seuls les noms changent. Les villages changent. Les dates changent. Le mécanisme reste identique : la peur déguisée en tradition. L’intérêt personnel maquillé en morale. La cruauté protégée par un mot sacré.

On dit souvent : « C’est culturel. » Phrase commode. Comme si la culture était un objet intouchable, même lorsqu’elle écrase des vies. Mais une culture qui tue sans juger n’est pas sacrée. Elle est malade.

Le plus difficile, c’est de ne pas fermer cette page. De ne pas se dire : « C’est trop dur. »
Car le silence est le terreau de la première pierre. La vérité ne commence pas par un cri. Elle commence par une simple question, jamais posée ce jour-là :
Et si ce n’était pas vrai ?

Nous serions prêts à effacer la mémoire pour ne plus jamais revivre cet enfer…
Mais peut-être que la mémoire n’est pas une malédiction. Peut-être est-elle la dernière barrière. Celle qui transforme « c’est comme ça » en « plus jamais ».

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