— Enregistre autant que tu veux, — la voix de Lidia Ivanovna devint tranchante, presque métallique. — Je vais être claire. Si tu retires cette plainte, tout s’arrête ici. Sinon… on rouvrira les vieux dossiers. Tu crois vraiment que personne ne voudra regarder de plus près les « arrangements fiscaux » de ton père ?

Marina inspira lentement.
Aucune panique.
Aucune peur.
Seulement une lucidité glaciale.
— Vous êtes en train de me menacer ? — demanda-t-elle calmement. — Répétez, s’il vous plaît. Plus distinctement. La ligne coupe.
Anna activa le dictaphone sans un mot.
— Je ne menace personne, — hésita Lidia, déjà trop loin pour reculer. — Je te préviens. Retire cette plainte et tu vivras tranquille. Sinon, on te détruira.
Marina appuya sur « arrêt ».
— Merci, — dit-elle simplement. — Vous venez de nous offrir la preuve qu’il manquait.
Elle raccrocha.
L’audience eut lieu trois semaines plus tard.
Roman entra sûr de lui, costume cher, sourire de vainqueur.
Il était convaincu que tout était déjà réglé.
Que cette procédure n’était qu’un dernier caprice d’ex-femme humiliée.
Il ignorait l’essentiel :
Marina ne jouait plus avec les émotions.
Elle jouait avec les faits.
Le juge parcourut le dossier. Longtemps. Trop longtemps.
— Expliquez-moi, — dit-il enfin, — pourquoi des crédits contractés au nom de votre épouse ont été systématiquement transférés vers les comptes de votre société, puis vers une tierce personne.
L’avocat de Roman se leva, mais Marina tendait déjà une nouvelle chemise.
— Je demande également l’écoute d’un enregistrement téléphonique avec la mère du défendeur, — ajouta-t-elle d’une voix posée.
Dans la salle, la voix de Lidia Ivanovna résonna.
Les menaces.
La pression.
Le chantage, brut, sans détour.
Roman pâlit.
— C’est sorti de son contexte ! — protesta-t-il.
— Asseyez-vous, — coupa le juge.
Le verdict tomba comme une lame.
Les crédits furent reconnus comme dettes personnelles de Roman.
Les biens furent saisis à titre conservatoire.
Le dossier fut transmis au parquet pour fraude financière et pressions illégales.
Roman quitta la salle sans un mot.
Sans sourire.
Sans sa mère.
Deux jours plus tard, ils vinrent le chercher.
Sans cris.
Sans spectacle.
Mais avec un mandat, des comptes gelés et un véhicule placé sous scellés.
Le soir même, le téléphone de Marina sonna.
— Nous vous informons que l’ensemble de vos obligations de crédit a été annulé. Nous vous présentons nos excuses.
Elle raccrocha.
Elle resta longtemps assise dans sa cuisine, en silence.
Pas de joie.
Juste un soulagement lourd, définitif.
Elle repensa à la lettre de son père.
« Ne pardonne pas. Vis. »
Elle vivait.
Et Roman comprit trop tard une vérité simple et brutale :
son “divorce du siècle” lui avait tout coûté — sa liberté, son argent, et son avenir.