De la poignée de la portière dépassait une petite branche de pin, brûlée, enveloppée dans un papier froissé.
Noircies par la suie, les aiguilles semblaient avoir été volontairement incendiées, puis éteintes… avant d’être soigneusement glissées là, où je ne pouvais pas ne pas la voir.

Ma première pensée ?
« Quelqu’un se moque de moi ? »
J’ai regardé autour de moi. Vérifié les caméras. Inspecté sous la voiture. Une seule idée tournait dans ma tête : est-ce une menace ? Pourquoi moi ? Est-ce que quelqu’un m’observe ? Et pourquoi un symbole aussi étrange, presque sinistre ?
J’avais peur de toucher la branche. Et si c’était un piège ? Ou un avertissement ?
La curiosité a fini par l’emporter. Je l’ai tirée… et le papier s’est déchiré dans mes mains.
Une odeur fraîche de résine brûlée a envahi l’air. Comme si cela avait été fait quelques minutes plus tôt.
Toute la journée, je suis restée tendue. Le soir, je n’en pouvais plus. J’ai cherché des réponses. Je suis tombée sur un forum où des gens racontaient des histoires similaires. J’ai posté la photo.
Les réponses sont arrivées en moins d’une minute.
Et à cet instant, le sang s’est glacé dans mes veines.
« Ce n’est pas une blague. »
« C’est un ancien signe. »
« On marque ainsi les personnes qu’on surveille. »
Un commentaire m’a frappée :
« Une branche de pin brûlée dans du papier signifie : nous sommes déjà passés. »
Pas nous viendrons.
Pas nous ferons.
Mais nous sommes déjà passés.
J’ai refermé l’ordinateur. Le silence de l’appartement est devenu lourd, presque palpable. J’ai verrouillé la porte à double tour, vérifié les fenêtres.
Qui était déjà passé ? Et quand ?
Cette nuit-là, je n’ai pas dormi. Chaque bruit me semblait être un pas dans le couloir. Chaque voiture, un arrêt sous mon immeuble.
Le matin, j’ai revu les images des caméras. Cette fois, attentivement.
23 h 41.
Un homme en capuche s’approche. Calme. Sûr de lui. Comme quelqu’un qui sait exactement ce qu’il fait.
Il s’arrête près de ma voiture.
Et là, j’ai compris quelque chose de terrifiant.
Il ne cherche pas la branche autour de lui.
Il la sort de sa poche.
Il l’avait apportée.
Puis il s’immobilise. Lève la tête. Regarde droit vers ma fenêtre, au troisième étage.
Cinq longues secondes.
Il glisse la branche dans la poignée… et s’en va.
Sans se presser. Sans crainte.
Comme si ce n’était pas la première fois.
J’ai repassé la vidéo. Encore. Encore.
Au quatrième visionnage, j’ai vu le détail qui m’avait échappé.
Avant de partir, il lève les yeux vers la caméra… et hoche légèrement la tête.
Volontairement.
Comme s’il savait que je regarderais.
À cet instant, tout a basculé.
Ce n’était pas une menace.
C’était un jeu.
Quelqu’un voulait que je voie. Que je réfléchisse. Que je commence à avoir peur.
Et soudain, des souvenirs se sont assemblés.
Trois semaines plus tôt, j’avais aidé une voisine âgée. Elle se plaignait que quelqu’un ouvrait sa boîte aux lettres. J’avais insisté pour qu’on vérifie les caméras.
Une semaine après, la police avait emmené un homme de la cour.
Il avait levé les yeux.
Vers moi.
Même capuche. Même démarche.
C’était lui.
J’ai retrouvé un message dans le groupe de l’immeuble. Ils l’avaient relâché le lendemain. Manque de preuves.
Quelqu’un avait écrit :
« Il marque les gens qui le dérangent. »
Marquer.
Pas de lettres. Pas de menaces.
Des symboles.
Pour que la peur fasse le reste.
Et à ce moment-là, la peur s’est transformée en une colère froide.
Il ne voulait pas me faire du mal physiquement.
Il voulait être dans ma tête.
Avoir le contrôle.
J’ai fait des captures d’écran. Contacté des voisins. Deux femmes du bâtiment voisin avaient trouvé la même chose devant leur porte. Elles avaient jeté la branche, pensant que c’était un déchet.
Nous sommes allées ensemble porter plainte.
Et pour la première fois depuis ce matin-là, je n’ai plus ressenti de panique.
Mais une clarté.
Deux jours plus tard, il a été arrêté. Pas pour les branches. Mais pour harcèlement, menaces et intrusion dans la vie privée — grâce aux témoignages cumulés.
Quand la police m’a appelée, ma voix tremblait.
Pas de peur.
De soulagement.
Je me suis tenue à la fenêtre, regardant la cour redevenue ordinaire. Silencieuse. Normale.
La branche brûlée est encore dans un tiroir.
Pas comme souvenir de la peur.
Mais comme rappel de la facilité avec laquelle quelqu’un peut entrer dans votre esprit… si vous le laissez faire.
Parfois, le plus terrifiant n’est pas ce que quelqu’un peut vous faire.
Mais ce que vous commencez à imaginer vous-même.